Le secteur hôtelier réagit au doublement du taux de la TVA

Lundi matin 24 novembre 2025, ce n’est pas le froid glacial qui a réveillé les hôteliers belges. Dans la nuit du 23 au 24 novembre, après de longues et difficiles négociations, le gouvernement fédéral est parvenu à un accord sur un budget pluriannuel. Objectif : renforcer structurellement les finances publiques et maintenir le déficit budgétaire à un niveau maîtrisable à moyen terme.

D’ici 2029, le gouvernement table sur 9,2 milliards d’euros de recettes supplémentaires. Ce montant reste inférieur au seuil symbolique des 10 milliards, mais il constitue le minimum absolu pour respecter les accords budgétaires européens.

Une annonce sans prévenir
La nouvelle de la hausse de la tva sur les nuitées à l’hôtel, passant de 6 à 12%, a été durement accueillie. Pas d’avertissement préalable, ni mesure transitoire, ce fut soudain et inexorable. Comme dans Boem paukeslag de Paul van Ostaijen: abrupt, bruyant et sans place pour la nuance.
Ce jour-là, le café du matin avait un goût plus amer que d’habitude. Avant midi, les premières réactions des organisations sectorielles et des  hôteliers individuels tombaient. La baisse de la tva sur les boissons non alcoolisées a peut-être été perçue comme un signal positif par l’ensemble du secteur RECA, mais pour les hôteliers, elle ne constituait guère une compensation. La hausse de la tva reste la mesure dominante, éclipsant toutes les autres.

Des avertissements européens ignorés?
Coïncidence troublante  – ou pas -, ce même lundi, HOTREC, l’organisation européenne qui chapeaute le secteur de l’hospitalité, publiait un communiqué de presse mettant en garde contre les conséquences d’une hausse de la tva. S’appuyant sur une nouvelle étude HOTREC–Syntesia, l’organisation affirme que des taux de tva plus élevés dans le secteur européen de l’hôtellerie pourraient entraîner la perte de près d’un million d’emplois.
Des modélisations économiques et des exemples pratiques provenant notamment d’Irlande et d’Amsterdam montrent que même des hausses modestes ont des effets majeurs : une augmentation d’un point de pourcentage entraînerait une perte de 8 milliards d’euros de chiffre d’affaires et plus de 100.000 emplois. HOTREC plaide donc en faveur d’une politique fiscale réfléchie, avec le maintien de taux de tva réduits, pour préserver l’emploi et l’accessibilité financière de l’hôtellerie.

Un secteur sous pression structurelle
Les hôtels belges ont été durement touchés ces dernières années. La pandémie a été suivie d’une période de forte inflation, marquée par une flambée des prix à la consommation. La structure des coûts des hôtels a été soumise à une pression considérable : les prix de l’énergie ont grimpé en flèche, tout comme le coût des biens et des services essentiels à leur fonctionnement quotidien.
À cela s’ajoute l’indexation automatique des salaires en Belgique, qui conduit à une augmentation immédiate et souvent significative de la masse salariale. De nombreux hôtels subissent encore les conséquences financières de la pandémie : des dettes accumulées, des aides à rembourser et des réserves épuisées. Le secteur demeure vulnérable et a peu de marge de manœuvre pour absorber de nouveaux chocs.
Dans le même temps, les hôtels doivent continuer d’investir dans l’innovation et répondre aux attentes évolutives en matière de digitalisation, de développement durable et d’expérience client plus flexible. Or, c’est précisément cette nécessité d’investir qui va freiner l’appétit des investisseurs internationaux pour l’ouverture de nouveaux hôtels. 

Réactions du terrain

Les réactions du secteur ne se sont pas fait attendre.

Bart Boelens, propriétaire de l’hôtel Europe Oostende et président de Horeca Vlaanderen, section Middenkust, réagit vivement: «  C’est vraiment très regrettable, c’est un jour sombre. Nous savions que quelque chose se préparait, et peut-être serait-ce moins grave que chez nos collègues néerlandais, mais cela met le secteur hôtelier sous pression. À la Côte, 50 à 60% des nuitées sont réservées par des Belges. C’est donc aussi un coup dur pour le tourisme intérieur. »

Pour Paul Suy, propriétaire de l’hôtel Yalo à Gand, c’est surtout le sentiment d’équité qui fait défaut : « Une hausse généralisée de 1% de la tva pour tous les secteurs m’aurait semblé plus juste. Aujourd’hui, les charges augmentent dans certains secteurs spécifiques. Les marges sont sous pression. Peut-on répercuter cette hausse sur les clients? Avec la tarification dynamique, qui s’adapte à l’offre et à la demande et tient compte des concurrents, je crains que cela n’érode les marges de nombreux établissements. »

Didier Boehlen, propriétaire de l’hôtel Rubens – Grote Markt à Anvers et président de l’Antwerp Hotel Association, s’exprime également sans détours : « 12%, c’est beaucoup, c’est douloureux pour le secteur. En principe, cela devrait être répercuté sur le client, mais ce ne sera pas possible partout. Combiné à la hausse des coûts, cela représente un énorme défi. »

Les conséquences pratiques inquiètent Garrett Spaey, propriétaire de l’hôtel Patritius à Bruges et membre du conseil d’administration d’Horeca West-Vlaanderen: « Un cadeau de fin d’année désagréable. Qu’en est-il des réservations déjà confirmées à 6% de tva ? Quand cette mesure entrera-t-elle en vigueur ? Il faut adapter tous les systèmes, ce qui demande du temps et des efforts. Il faudrait peut-être négocier une déductibilité plus élevée de la tva. Et à Bruges, nous aurons en plus une hausse de la taxe touristique en 2028. »

Pour les chaînes hôtelières, les conséquences sont tout aussi importantes, selon Olivier Rouma, general manager de l’ibis Styles Liège Guillemins: « Cette décision va frapper durement le secteur, comme on le voit aux Pays-Bas. D’autant plus que nous avons déjà des offres et des réservations pour 2026 basées sur un taux de tva de 6%. »

Thierry Jousse, COO d’Everland Hotel Group, est particulièrement virulent : « C’est de la folie, et tout cela sans avoir consulté les fédérations sectorielles. Les investisseurs internationaux seront moins enclins à ouvrir de nouveaux hôtels. Cela met de la pression sur l’emploi et limite davantage la marge de manœuvre financière des établissements. »

Enfin, Maxime Jehin, administrateur délégué d’ibis Styles Namur,  souligne l’impact à long terme : « Nous avons récemment créé 100 nouvelles chambres. Nos plans financiers reposent sur un taux de tva de 6% et une période d’amortissement de 20 ans. Beaucoup de nos clients ne peuvent pas déduire cette tva. Cette hausse suscite donc de vives inquiétudes, d’autant plus que le secteur crée de nombreux emplois locaux et apporte une contribution économique importante. »

La Belgique n’est pas seule
La Belgique n’est pas la seule à rechercher des recettes fiscales supplémentaires. Aux Pays-Bas, la tva sur les nuitées à l’hôtel atteint désormais 21%, tandis que l’Allemagne a réduit le taux de tva sur les repas de 19 à 7%. Un aperçu des taux de tva dans les pays voisins révèle la grande diversité des approches fiscales possibles.

Source: HOTREC et hôteliers étrangers amis.

Dernier mot provisoire
Il faudra probablement attendre la fin de l’année 2026 pour mesurer pleinement l’impact concret de cette hausse de la tva sur les taux d’occupation, les prix des chambres et, surtout, les marges. Une chose est sûre : ce dossier va continuer à préoccuper le secteur hôtelier en 2026.

Par Alexander Dupont