Airbnb, à propos du surtourisme et du marché immobilier

D’emblée, soyons clairs: je n’ai rien contre Airbnb. La plateforme fait désormais partie intégrante de l’écosystème de l’hébergement, au même titre que les hôtels, les auberges, les appart-hôtels et autres formes d’accueil. Elle a ajouté de nouvelles dimensions au tourisme et aux voyages, souvent avec des effets sociaux et économiques positifs. Cependant, si on veut discuter sérieusement de l’avenir du tourisme, il faut oser aborder le sujet avec honnêteté intellectuelle et être prêt à examiner à la fois la croissance et l’impact. Le message public des dernières campagnes d’AirB&B dépasse les limites de la tromperie, repose sur des prémisses erronées et frôle la simplification infantile des faits.

Ces dernières semaines, Airbnb a renforcé sa stratégie de communication en réponse au durcissement de la réglementation dans des villes comme Amsterdam et Barcelone. Le cœur du message est que les règlementations locales qui limitent la location entraveraient le ‘tourisme communautaire’. D’après une deuxième prémisse, ce sont précisément les hôtels – représentant environ 80% des nuitées – qui sont responsables du surtourisme et Airbnb appelle les villes de l’UE à s’attaquer à l’impact ‘écrasant’ des hôtels envers le surtourisme. Ce n’est pas uniquement trompeur, c’est aussi faible et sans fondement. Ce n’est pas de l’analyse, c’est une logique infantile au service de l’auto-préservation.

De la communauté au modèle économique
L’idée initiale qui sous-tend Airbnb – ‘un tourisme qui soutient les familles et les quartiers’ – s’estompe progressivement. Dans de nombreuses villes, la plateforme a évolué d’un modèle d’hospitalité partagée à un modèle de location professionnalisé. L’hôte local est souvent réduit à une boîte à clés accrochée en façade, tandis que l’implication du quartier est troquée contre un rendement maximal. C’est un fait, mais ne présentez pas cela comme un ‘engagement communautaire’.
Cette évolution s’est accompagnée d’une croissance explosive, en grande partie dans un vide réglementaire. Ce n’est pas un hasard : Airbnb a tout fait pendant des années pour contourner, retarder ou affaiblir la réglementation. La transparence sur l’offre et les dates de location faisait défaut, la perception des impôts était suspendue ou refusée, la coopération avec les autorités locales n’était recherchée que lorsque la pression politique devenait inévitable. Les relations avec les villes se sont rapidement détériorées, jusqu’à devenir hostiles dans de nombreux endroits.

bron: insideairbnb.com/amsterdam – geconsulteered op 18/7

La simplification n’est pas une stratégie
Prétendre que les hôtels sont la cause du surtourisme est simpliste et intellectuellement malhonnête. Les hôtels ont vu le jour dans un cadre de permis, de plans d’urbanisme, de normes de sécurité incendie et d’inspections. Airbnb, en revanche, a déployé l’équivalent de dizaines d’hôtels dans des quartiers résidentiels pendant des années, de manière largement invisible et non réglementée, sans aucune évaluation spatiale ni considération sociale.
Par ailleurs, Airbnb ignore délibérément dans son raisonnement la distinction entre corrélation et causalité. Les prémisses et les conclusions avancées reposent sur des corrélations simplistes qui confondent cohérence et cause. La complexité de la pression touristique est réduite à un seul coupable – le secteur hôtelier – ramenant le débat à un niveau intellectuel dénué de rigueur.
Les flux touristiques résultent d’une combinaison de facteurs : urbanisme, politique des transports, infrastructures, événements, campagnes de marketing et plateformes digitales permettant d’accéder à des quartiers autrefois calmes. Le surtourisme ne concerne pas uniquement l’endroit où les gens dorment, mais aussi quand et comment ils se déplacent, où ils se rassemblent et comment ils utilisent l’espace public. Cela concerne les touristes de passage mais aussi les excursionnistes, les croisiéristes et les résidents qui partagent les mêmes rues, places et trams. Le problème, systémique et multiforme, mérite une analyse plus approfondie qu’un cadre marketing.
Aujourd’hui encore, Airbnb compte – d’après le site web insideairbnb.com – pas moins de 10.168 annonces actives à Amsterdam, 84.055 à Paris et 18.927 à Barcelone. Si on convertit ces chiffres en hôtels de 100 chambres, cela signifie qu’Airbnb propose l’équivalent de 101 hôtels rien qu’à Amsterdam, sans qu’aucun plan d’urbanisme ni procédure d’autorisation n’ait été préalablement mis en place. Et soyons honnêtes : la plupart des logements sont au centre-ville où la pression sur le marché immobilier est la plus forte (voyez la carte en annexe : les points rouges représentent des logements entiers, les points verts des chambres privées). La ‘dispersion’ vers les banlieues, souvent mise en avant par Airbnb, reste limitée dans la pratique. Dans les villes où le marché immobilier est tendu, cette échelle, combinée à la situation centrale, contribue manifestement à perturber davantage l’offre pour les résidents réguliers.

Un dialogue plus équitable
Il est regrettable qu’Airbnb choisisse de réduire le débat à une attaque contre le secteur hôtelier traditionnel. Un débat constructif demande des faits, de la transparence et le courage de reconnaître la complexité. Nous invitons donc Airbnb à engager un dialogue ouvert et honnête, sans déformer les faits, et en assumant sa responsabilité pour l’avenir des villes.
Par Alexander Dupont