Réaction Horéca Wallonie sur l’augmentation de TVA dans l’hôtellerie

24 novembre – Emmanuel Didion, Président  Horeca Wallonie réagit.  

Les études européennes sont unanimes : une forte hausse de TVA dans l’hébergement réduit la demande, fragilise les PME, détruit des emplois et détériore l’attractivité touristique. Passer de 6 % à 12 % constitue un choc d’une ampleur exceptionnelle. Nous appelons le gouvernement fédéral à reconsidérer cette mesure et à ouvrir sans délai une concertation approfondie avec le secteur. Au-delà d’un simple ajustement technique, cette décision représente un véritable basculement pour un pan entier de l’économie belge. Elle touche un secteur composé majoritairement de petites entreprises familiales, enracinées dans leurs territoires, et dont l’activité constitue souvent l’un des derniers moteurs socio-économiques locaux. 

Cette mesure place la Belgique dans une position de fragilité face à ses voisins, au moment même où la compétitivité touristique devient un enjeu stratégique majeur. Elle constitue également une rupture nette avec les recommandations des grandes études européennes, qui rappellent que la fiscalité touristique ne peut être modifiée sans mesurer l’effet domino qu’elle déclenche sur l’emploi, l’investissement, la vitalité économique des territoires et la perception internationale de la destination.  Les recherches menées sur la fiscalité touristique en Europe sont nombreuses et convergentes: la TVA appliquée à l’hébergement est l’un des leviers les plus sensibles de toute la chaîne touristique. Une hausse brutale entraîne mécaniquement une baisse de fréquentation, réduit la consommation sur place, fragilise les entreprises les plus vulnérables et met en péril des milliers d’emplois, directs comme indirects.

Ces travaux soulignent également un point crucial : dans l’hôtellerie, chaque choc fiscal se répercute intégralement sur les territoires. Un hôtel qui ferme, ce sont des emplois perdus, mais aussi un restaurant voisin qui souffre, un fournisseur local qui voit son activité baisser, un centre-ville qui se vide un peu plus.

Les études européennes démontrent les effets négatifs des hausses de TVA

  1. Une baisse immédiate et mesurable de la demande touristique

Dans tous les pays où la TVA sur l’hébergement a été relevée, les effets ont été immédiats :

  • une diminution de 5 à 10 % des nuitées,
  • un recul encore plus marqué pour les séjours loisirs et les city-break, qui sont les segments les plus sensibles au prix,
  • une contraction de la dépense touristique globale, avec des effets directs sur le commerce, les attractions et la restauration locale.

Exemples européens :

  • Croatie : après une hausse de TVA, la demande loisirs a reculé deux fois plus vite que la moyenne européenne.
  • Portugal : dans les régions intérieures, pourtant très dépendantes du tourisme domestique, les nuitées ont chuté de plus de 12 %.

Ces exemples ne sont pas isolés : ils illustrent une dynamique bien documentée dans l’ensemble des rapports européens – dès que l’hébergement devient plus cher, les voyageurs arbitrent, réduisent leurs séjours, se tournent vers d’autres destinations ou raccourcissent leur budget sur place.

  1. Une fragilisation directe des PME hôtelières et des zones rurales

Les études européennes sont particulièrement claires sur un point : une hausse importante de TVA fragilise en premier lieu les petites structures, celles qui disposent de peu de réserves financières et qui sont souvent implantées dans des zones rurales ou dans des centres-villes déjà fragiles.

Elles estiment même qu’un choc fiscal significatif peut mettre en danger jusqu’à 15 % des entreprises du secteur.

Exemples européens :

  • Danemark : les zones rurales ont vu disparaître de nombreux hôtels indépendants, incapables de rivaliser avec des pays voisins à la TVA plus favorable.
  • Pays-Bas : les hausses successives de fiscalité ont entraîné une tension structurelle dans les petites structures, avec un recul des investissements et une usure progressive du parc hôtelier.

La Belgique, dont plus de 70 % du parc hôtelier est constitué de PME familiales, serait directement exposée à ces mécanismes bien documentés.

  1. Une érosion des marges et un frein durable aux investissements

Toutes les études européennes convergent vers la même conclusion : les entreprises de l’hôtellerie ne peuvent absorber qu’une fraction de la hausse de TVA. Le reste se traduit par :

  • une réduction immédiate de la marge opérationnelle (EBITDA),
  • des décisions d’investissement repoussées,
  • moins de rénovation, moins de digitalisation, moins de transition énergétique,
  • moins de capacité à recruter ou à fidéliser.

Pour la Belgique, les projections indiquent qu’une hausse de 1 point de TVA :

  • entraînerait une baisse d’environ 1 à 1,4 % des investissements,
  • mettrait en péril 780 à 1 300 emplois.

Avec +6 points, l’effet serait mécaniquement démultiplié : entre 5 000 et 8 000 emplois belges menacés, un choc sans précédent dans l’histoire récente du secteur.

  1. Une perte de compétitivité face aux pays voisins

La Belgique évoluerait à contre-courant de la quasi-totalité de ses voisins européens, qui utilisent la TVA réduite comme levier d’attractivité touristique.

C’est le cas de :

  • la France,
  • l’Allemagne,
  • l’Autriche,
  • l’Italie,
  • la Grèce,
  • le Portugal.

Dans ces pays, la TVA réduite est explicitement vue comme un outil de compétitivité nationale, essentiel pour :

  • développer les nuitées,
  • soutenir l’emploi local,
  • attirer les touristes internationaux,
  • maintenir un tissu dense d’entreprises indépendantes.

Avec un taux porté à 12 %, la Belgique se hisserait parmi les destinations les plus taxées d’Europe, sans justification économique ni stratégique.

Les conséquences directes pour le marché belge

Une augmentation mécanique du prix de 5,7 % pour le consommateur

Pour une chambre à 100 € HT :

  • de 106 € TTC → 112 € TTC.

Dans un marché où les voyageurs comparent les prix à l’euro près, cela suffit à :

  • faire changer de destination,
  • réduire la durée de séjour,
  • favoriser les hébergements non professionnels (Airbnb, meublés touristiques).

Un risque social majeur

La Belgique compte des dizaines de milliers d’emplois directs et indirects liés à l’hébergement.

Les études européennes démontrent que :

  • l’emploi hôtelier est extrêmement sensible à l’activité,
  • toute contraction se traduit immédiatement en pertes de postes,
  • une hausse forte de TVA aggrave la pénurie de main-d’œuvre en diminuant l’attractivité des métiers.