Un endroit discret au boutique hôtel Le Foulage
Le speakeasy bar ou bar clandestin trouve ses racines dans les lois rigides de la Prohibition aux États-Unis, de 1920 à 1933. C’était notamment la période de gloire d’Al Capone et d’Eliot Ness. Lors de ces années tristement célèbres, l’alcool était illégal. Des bars discrets, bien protégés, emménagés dans des arrière-salles ou derrière des faux murs ou placards, proposaient souvent des produits de propre fabrication. Le terme trouve son origine dans l’habitude qu’avaient les patrons de ces établissements de demander aux clients de parler bas lorsqu’ils commandaient de l’alcool, pour ne pas attirer l’attention.
Aujourd’hui, un siècle plus tard, les speakeasy bars font l’objet d’une interprétation contemporaine, certains proposant même un spectacle. Le phénomène a gagné les métropoles européennes comme Londres et Amsterdam. Chez nous, des enseignes fleurissent à Bruxelles, Anvers et Gand. Bruges est depuis peu de la partie, et avec quel brio !
L’histoire locale est liée à celle de l’hôtel Le Foulage à la Goezeputstraat, caché en quelque sorte dans le triangle ’t Zand–Oud-Sint-Janshospitaal–Steenstraat, tout en restant central mais hors des sentiers battus. L’hôtel De Goezeput était encore actif dans cette maison d’angle, il y a quelques années. Le bâtiment disposait d’un bar résolument populaire.
Adults only
On ne peut pas en dire autant du Bar Bulles. On y entre par une porte modeste, par l’Oostmeers. Il faut sonner et attendre le déclic de la porte pour entrer. Les clients de l’hôtel peuvent prendre un verre et se détendre au bar sans passer par cette formalité côté rue. Mais il faut respecter quelques restrictions car on n’entre pas au Foulage sans sonner, et l’hôtel est quelque peu séparé du bar en arrière-plan.
L’espace bar est limité à une trentaine de places, il n’y a donc pas de place pour les poussettes. Idem en terrasse où maximum 16 personnes peuvent s’assoir. Les fumeurs peuvent y déguster un bon cigare en toute tranquillité. Joannes Logghe, operational manager: « Fumer un bon cigare fait partie de cette forme de plaisir caché que nous recherchons. Nous avons d’ailleurs investi dans une très belle collection de cigares. La terrasse est très bien chauffée, même lorsque les températures sont proches de zéro. »
Épicuriens
L’offre en boissons comprend une belle carte des vins – des vins raffinés sont servis au verre -, des champagnes (bulles) et une carte de cocktails. Une carte de tapas avec des plats à partager ou non complète l’offre en restauration. Stefanie Van Maele-Reso, propriétaire avec son frère Dimitri : « Les clients peuvent bien entendu commander une bière ou des boissons non alcoolisées. Cela fait partie du concept où tout le monde est le bienvenu. Un soda ou une bouteille de Petrus: chacun trouve son bonheur selon ses goûts et son budget et profite du cadre. L’âge minimum est de 16 ans et l’hôtel est réservé aux adultes. »
Joannes Logghe: « Le public-cible de Bar Bulles est principalement les personnes de 30 ans et plus en recherche d’une valeur ajoutée et qui aiment profiter de la vie dans un cadre luxueux. À Bruges, il y a encore de la place pour ce segment car les plus de 30 ans ne savent pas trop où aller pour prendre un verre dans un cadre agréable. »
Le cadre exclusif du Bar Bulles vaut le détour. À cet égard, Dimitri Van Maele-Reso est un pionnier. Il a rassemblé des éléments décoratifs qui, ensemble, créent une symbiose agréable. Le mobilier vient par exemple de Bali (via une entreprise belge), les lampes du Maroc et l’arbre central des Pays-Bas, tandis que les poutres en chêne massif au plafond proviennent d’un château. Les combinaisons de couleurs dans le papier peint et les impressions au mur accentuent l’originalité du lieu.
Quatorze chambres
Le Foulage est une refonte complète de l’hôtel existant, seuls les murs extérieurs ont été conservés. La rénovation a duré deux ans et demi. Il abrite aujourd’hui 14 chambres classées 4* et un service 5*. Stefanie Van Maele-Reso, en charge de la gestion avec son frère Dimitri, James Balfoort et Joannes Logghe, revient sur le nom de l’hôtel : « Le foulage consistait à feutrer la laine dans l’industrie textile autrefois florissante dans le quartier. Le terme en néerlandais – ‘vollen’ – ne sonne pas aussi bien. À l’époque, de nombreux termes français étaient utilisés dans les milieux nobles et artisanaux. Enfin, le nom fait référence à la famille qui a exploité le B&B Le Foulage jusqu’à fin de l’année dernière. »
Cette famille est d’ailleurs à l’origine de la VMR Boutique Collection, dont l’hôtel ’t Fraeyhuis (Minnewaterpark/Bruges) est un accroche-regard absolu.
Photos Daniel Steevens – Photos Hôtel Le Foulage

